Portage salarial VTC : le rapport ARPE décrypté et notre opposition face à cette fausse solution

Portage salarial VTC : le rapport ARPE décrypté et notre opposition face à cette fausse solution

Le portage salarial VTC est présenté par l’ARPE et les plateformes comme une solution pour les chauffeurs VTC. Mais derrière cette promesse se cache une réalité bien différente. Dans cet article, nous décryptons le rapport ARPE sur le portage salarial VTC et expliquons pourquoi nous nous opposons fermement à ce dispositif qui risque d’affaiblir les chauffeurs et les organisations de défense.

PARTIE 1 : Ce que dit le rapport ARPE sur le portage salarial VTC

Le contexte : l’ARPE et la commission mixte d’octobre 2025

L’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE) a organisé une commission mixte le 2 octobre 2025 réunissant les plateformes VTC (Uber, Bolt, Heetch, Free Now) et les représentants des chauffeurs. Au cœur des débats : le portage salarial VTC, présenté comme une solution pour les chauffeurs dits « rattachés » qui dépendent largement d’une seule plateforme.

Le rapport ARPE et les documents de cette commission (compte rendu, déclaration d’UNION INDÉPENDANTS, note sur les chauffeurs rattachés) montrent que le portage salarial VTC est devenu un sujet central dans le dialogue social du secteur.

Qu’est-ce que le portage salarial VTC selon l’ARPE ?

Selon les documents ARPE, le portage salarial VTC est un dispositif où :

  • Le chauffeur VTC signe un contrat de travail avec une société de portage salarial
  • La société de portage facture les courses aux plateformes (Uber, Bolt, etc.)
  • Le chiffre d’affaires est transformé en salaire versé au chauffeur
  • Le chauffeur conserve son autonomie opérationnelle (choix des horaires, des courses, des plateformes)
  • Il bénéficie des droits du salariat : sécurité sociale complète, retraite, assurance chômage, mutuelle, congés payés

Les positions exprimées lors de la commission ARPE

Côté plateformes et sociétés de portage

Les plateformes VTC présentent le portage salarial comme une « solution de sécurisation juridique » pour les chauffeurs les plus dépendants. Les sociétés de portage salarial VTC mettent en avant :

  • Une gestion administrative clé en main
  • Une transparence sur la paie
  • Un accompagnement sur les contraintes réglementaires VTC
  • Une protection sociale renforcée

Côté représentants des chauffeurs

Les organisations de chauffeurs indépendants (UNION INDÉPENDANTS, ACIL, collectifs de chauffeurs) ont exprimé plusieurs réserves lors de la commission ARPE :

  • Risque de création d’un statut à deux vitesses entre chauffeurs rattachés et indépendants
  • Crainte que le portage serve surtout à sécuriser juridiquement les plateformes sans leur donner de vraies obligations d’employeur
  • Inquiétudes sur la baisse du revenu net liée aux frais de gestion et charges

Les chauffeurs VTC « rattachés » : cible du portage salarial

La note ARPE sur les chauffeurs rattachés identifie une population spécifique : des chauffeurs VTC très dépendants d’une seule plateforme, qui cumulent des contraintes similaires à des salariés sans en avoir les droits. Pour ces chauffeurs, le portage salarial VTC est présenté comme :

  • Un « filet de sécurité » (accès à la protection sociale)
  • Une meilleure traçabilité des revenus
  • Un accompagnement administratif

Mais l’ARPE reconnaît aussi que le portage salarial ne traite pas les sujets de fond : fixation unilatérale des tarifs, sanctions algorithmiques, déconnexions sans recours.PARTIE 2 : Notre opposition au portage salarial VTC – Pourquoi c’est une fausse solution

Le portage salarial VTC : une arnaque qui affaiblit les chauffeurs

En tant qu’organisation de défense des chauffeurs VTC, nous nous opposons fermement au portage salarial VTC. Loin d’être la solution miracle présentée par l’ARPE et les plateformes, ce dispositif est une arnaque qui affaiblit les chauffeurs et détruit nos capacités de mobilisation collective.

1. Une baisse dramatique du revenu net des chauffeurs VTC

Le portage salarial VTC entraîne une perte massive de revenus pour les chauffeurs :

Les frais cachés du portage salarial VTC :

  • Frais de gestion de la société de portage : entre 5% et 15% du chiffre d’affaires
  • Charges sociales patronales et salariales : environ 45% à 50% du salaire brut
  • Cotisations complètes qui réduisent le net perçu

Résultat : une perte entre un tiers et près de la moitié des revenus selon les cas, sans que les chauffeurs VTC en soient clairement informés au départ. Cette baisse du revenu net en portage salarial VTC n’est compensée par aucune amélioration réelle du pouvoir de négociation face aux plateformes.

2. Le portage salarial VTC crée un statut à deux vitesses

En séparant les chauffeurs VTC en deux catégories (portés et indépendants), le portage salarial affaiblit considérablement notre capacité de mobilisation collective :

  • Les chauffeurs en portage salarial VTC ont des intérêts différents des indépendants
  • La solidarité entre chauffeurs est brisée
  • Les syndicats et organisations de chauffeurs VTC perdent en force de frappe
  • Les plateformes peuvent jouer une catégorie contre l’autre

C’est exactement ce que recherchent Uber, Bolt et les autres plateformes VTC : diviser pour mieux régner.

3. Le portage salarial ne résout aucun problème de fond du secteur VTC

Le portage salarial VTC est une fausse solution car il ne traite pas les vrais problèmes :

Ce que le portage salarial VTC ne change PAS :

  • La fixation unilatérale des tarifs par les plateformes VTC
  • Les désactivations arbitraires et déconnexions sans recours
  • La pression algorithmique et les quotas imposés
  • Le temps d’attente non rémunéré
  • L’absence de dialogue social réel avec les plateformes
  • La précarité structurelle du secteur VTC

Le portage salarial VTC sert uniquement à externaliser encore davantage les responsabilités des plateformes vers des intermédiaires (les sociétés de portage), sans améliorer le rapport de force des chauffeurs.

4. Un dispositif qui sécurise surtout… les plateformes VTC

Le portage salarial VTC est avant tout une solution de « compliance » juridique pour les plateformes :

  • Uber, Bolt et consorts évitent ainsi le risque de requalification en salariat direct
  • Ils se déchargent de toute responsabilité sociale sur les sociétés de portage
  • Ils conservent le contrôle total sur les tarifs, les courses et les algorithmes
  • Ils prétendent offrir une « protection sociale » sans rien changer à leur modèle économique

Le portage salarial VTC permet aux plateformes de dire « regardez, nous offrons la protection sociale » tout en continuant leurs pratiques d’exploitation.

5. Les minima ARPE déjà en place sont insuffisants

L’ARPE a négocié des minima (plancher par course, par heure) pour les chauffeurs VTC indépendants. Ces minima sont déjà largement insuffisants pour garantir un revenu décent. Le portage salarial VTC vient superposer un cadre salarié à ces minima inadaptés, sans les améliorer.

Le vrai sujet : revaloriser les tarifs et garantir de vrais droits, pas créer un statut intermédiaire bancal.

Nos revendications : ce que nous exigeons face au portage salarial VTC

En tant qu’organisation de chauffeurs VTC, nous posons des lignes rouges claires :

1. Le portage salarial VTC doit rester strictement volontaire

Aucun chauffeur ne doit être contraint, directement ou indirectement, de passer en portage salarial VTC. Ce ne doit JAMAIS devenir une condition d’accès aux plateformes ou de maintien de l’activité.

2. Garantie de maintien du revenu net minimum

Si un chauffeur choisit le portage salarial VTC, son revenu net après frais et charges ne doit PAS être inférieur à ce qu’il gagne actuellement en indépendant. Toute expérimentation doit être encadrée par l’ARPE avec des garanties chiffrées.

3. Le débat de fond ne doit pas être esquivé

Le portage salarial VTC ne doit pas servir de rideau de fumée pour éviter les vrais sujets :

  • Responsabilité des plateformes VTC en tant que donneurs d’ordre réels
  • Revalorisation des tarifs et garantie de revenus décents
  • Droit de recours effectif contre les désactivations
  • Transparence totale des algorithmes
  • Négociation collective réelle, pas du simulacre

4. Aucune division entre chauffeurs VTC

Nous refusons tout dispositif qui crée une fracture entre chauffeurs en portage salarial VTC et chauffeurs indépendants. Notre force collective ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de fausses promesses de protection sociale.

Le vrai enjeu : salariat direct ou statut d’indépendant protégé

Plutôt que le portage salarial VTC, voici les vraies solutions pour le secteur :

Option 1 : Salariat direct avec les plateformes VTC

  • Reconnaissance du lien de subordination réel
  • Uber, Bolt, etc. deviennent employeurs avec toutes les obligations
  • Protection sociale complète SANS intermédiaire parasite
  • Mais perte de la liberté d’organisation

Option 2 : Statut d’indépendant renforcé et protégé

  • Maintien de l’autonomie réelle des chauffeurs VTC
  • Tarifs minimaux dignes, négociés collectivement
  • Accès à la protection sociale sans passer par le portage
  • Interdiction des pratiques abusives des plateformes
  • Droit syndical et représentation collective effective

Comparatif : portage salarial VTC vs vraies solutions

CritèrePortage salarial VTC (fausse solution)Salariat direct plateformeStatut indépendant protégé
Revenu net❌ Forte baisse (30-50%)✅ Stable et garanti✅ Maintenu si tarifs corrects
Protection sociale⚠️ Complète mais chère✅ Complète✅ Possible avec réformes
Autonomie⚠️ Formelle, pas réelle❌ Aucune✅ Réelle
Pouvoir face aux plateformes❌ Aucun✅ Droit du travail✅ Si action collective
Coût pour les plateformes✅ Faible (externalisé)❌ Élevé⚠️ Moyen
Solidarité chauffeurs VTC❌ Divisée⚠️ Difficile✅ Préservée

Conclusion : Non au portage salarial VTC, oui à de vraies solutions

Le rapport ARPE sur le portage salarial VTC ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : ce dispositif est une fausse solution qui affaiblit les chauffeurs, divise nos organisations et arrange surtout les plateformes.

Notre position est claire :

  • Nous nous opposons au portage salarial VTC tel qu’il est présenté aujourd’hui
  • Nous exigeons que toute expérimentation soit strictement volontaire et encadrée
  • Nous refusons que le portage serve de rideau de fumée pour éviter les vrais débats
  • Nous revendiquons soit un salariat direct avec les plateformes, soit un statut d’indépendant réellement protégé

Le portage salarial VTC n’est pas la solution. C’est un piège. Et nous, chauffeurs VTC organisés, nous refusons de tomber dedans.

Rejoignez-nous dans ce combat pour de vrais droits et de vraies protections, pas des solutions en trompe-l’œil.

chelabi vincent

Coordinateur national syndicat VTC Union Indépendants