Heetch et Bolt : quand la sécurité des chauffeurs et des clients passe au second plan
Alors qu’Uber fait régulièrement la une des journaux pour ses manquements en matière de sécurité, ses concurrents Heetch et Bolt ne sont pas en reste. Bien au contraire : ces plateformes, souvent présentées comme des « alternatives » plus éthiques, accumulent elles aussi les zones d’ombre inquiétantes qui mettent en danger tant les chauffeurs que les clients. Une situation d’autant plus alarmante que ces décisions se prennent sans aucune consultation des partenaires sociaux, dans l’opacité la plus totale.
Heetch délocalise son pôle sécurité en Algérie : une décision opaque et hors UE
L’information est tombée comme un coup de massue : Heetch a délocalisé son pôle de sécurité chauffeurs en Algérie. Cette décision, prise dans le plus grand secret et sans aucune information préalable aux partenaires sociaux, soulève de multiples interrogations sur la protection des données personnelles et la sécurité des chauffeurs et des passagers.
Ce transfert hors de l’Union européenne pose plusieurs problèmes majeurs :
- Absence de cadre juridique européen : l’Algérie ne bénéficie pas d’une décision d’adéquation de la Commission européenne en matière de protection des données
- Manque de transparence total : aucune communication officielle auprès des syndicats ou des chauffeurs concernés
- Questions sur la conformité RGPD : comment garantir la protection des données sensibles (pièces d’identité, casiers judiciaires, adresses) traitées hors UE ?
- Précarité des employés algériens : quelles compétences, quels moyens, quelle formation pour gérer la sécurité des chauffeurs français ?
Cette délocalisation soulève également des questions économiques : combien Heetch économise-t-elle en salaires en passant d’employés français à des employés algériens ? Cette recherche d’économies se fait-elle au détriment de la qualité du service et de la sécurité ?
Bolt : des contrôles de sécurité défaillants et une politique du « moins-disant »
Du côté de Bolt, la situation n’est guère plus rassurante. La plateforme estonienne, connue pour ses tarifs aggressivement bas, semble appliquer la même stratégie de réduction des coûts en matière de sécurité.
Les témoignages de chauffeurs et de clients révèlent des failles préoccupantes :
- Vérifications d’identité superficielles : plusieurs cas de chauffeurs exerçant avec des comptes empruntés ou falsifiés
- Contrôle des véhicules insuffisant : véhicules non conformes, assurances douteuses, contrôles techniques expirés
- Gestion des incidents aléatoire : temps de réponse interminable du service de sécurité, absence de suivi des signalements
- Formation inexistante : aucune formation obligatoire pour les chauffeurs sur les procédures de sécurité
La course aux prix bas se fait au détriment des investissements nécessaires dans les systèmes de sécurité. Comment une plateforme peut-elle garantir la protection de ses utilisateurs quand elle réduit constamment ses marges et ses coûts opérationnels ?
Des risques concrets pour les chauffeurs et les passagers
Ces légèretés en matière de sécurité ne sont pas que théoriques. Elles ont des conséquences réelles et dramatiques :
Pour les chauffeurs :
- Exposition accrue aux agressions faute de systèmes de vérification efficaces des clients
- Impossibilité de signaler efficacement les comportements dangereux
- Absence de protection juridique et sociale en cas d’incident
- Précarité extrême sans filet de sécurité
Pour les passagers :
- Risque de monter dans un véhicule avec un conducteur non vérifié
- Véhicules potentiellement dangereux (assurances inexistantes, contrôles techniques obsolètes)
- Difficulté à obtenir réparation en cas d’incident
- Données personnelles traitées dans des pays sans protection adéquate
Le modèle économique de ces plateformes repose sur la compression maximale des coûts, y compris ceux liés à la sécurité. Cette course au prix le plus bas crée un environnement où la protection des utilisateurs devient une variable d’ajustement.
L’impuissance des partenaires sociaux face à l’opacité des plateformes
Ce qui rend ces dérives encore plus intolérables, c’est l’absence totale de dialogue social. Les syndicats, les représentants des chauffeurs, les organisations de défense des consommateurs : personne n’est informé, personne n’est consulté.
Heetch délocalise son pôle sécurité en Algérie ? Les partenaires sociaux l’apprennent après coup, par des rumeurs ou des fuites. Bolt modifie ses procédures de vérification ? Aucune concertation, aucune transparence.
Cette méthode du fait accompli témoigne d’un mépris absolu pour :
- Les représentants des travailleurs qui devraient être associés aux décisions impactant la sécurité
- Les obligations légales de consultation en matière de conditions de travail
- Les principes élémentaires de dialogue social qui fondent notre modèle français
Comment accepter que des décisions aussi structurantes, touchant à la sécurité de milliers de chauffeurs et de millions de passagers, se prennent dans le secret des sièges sociaux à Paris, Tallinn ou ailleurs, sans aucun contre-pouvoir ?
La position de l’Union Indépendants : exiger la transparence et le respect du droit
Face à ces dérives, l’Union Indépendants exige des réponses claires et des mesures immédiates :
- Transparence totale sur les dispositifs de sécurité : Heetch doit expliquer publiquement les conditions de délocalisation de son pôle sécurité en Algérie, les garanties RGPD mises en place, et les compétences des équipes concernées.
- Contrôles renforcés pour Bolt : la plateforme doit mettre en place des procédures de vérification rigoureuses des chauffeurs et des véhicules, sous contrôle d’organismes indépendants.
- Consultation obligatoire des partenaires sociaux : toute décision impactant la sécurité des chauffeurs et des passagers doit faire l’objet d’une information et d’une consultation préalables des représentants des travailleurs.
- Sanctions en cas de manquement : les autorités (CNIL, DGCCRF, ministère des Transports) doivent exercer leurs pouvoirs de contrôle et sanctionner lourdement les plateformes qui mettent en danger leurs utilisateurs.
- Retour des dispositifs de sécurité en France : les données sensibles des chauffeurs et des clients doivent être traitées sur le territoire européen, dans le respect du RGPD.
La sécurité n’est pas négociable. Elle ne peut pas être sacrifiée sur l’autel de la rentabilité et de la course aux prix bas. Les chauffeurs VTC méritent de travailler dans des conditions sécurisées, et les passagers ont le droit de voyager en toute confiance. Il est temps que Heetch, Bolt et toutes les plateformes de VTC prennent leurs responsabilités.