Aurore Bergé félicite Uber pour ses « prix abordables » : l’indécence d’une ministre déconnectée de la réalité des chauffeurs VTC

Aurore Bergé félicite Uber pour ses « prix abordables » : l’indécence d’une ministre déconnectée de la réalité des chauffeurs VTC

Le 13 novembre 2025, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, s’est rendue à l’inauguration des nouveaux bureaux d’Uber à Paris pour féliciter la plateforme pour ses « prix abordables ». Une déclaration qui suscite l’indignation des chauffeurs VTC et des syndicats, qui dénoncent l’incapacité d’un membre du gouvernement à comprendre la réalité économique d’une profession en souffrance. Derrière ces « prix bas », se cache une précarisation massive des travailleurs de l’ubérisation.

Des « prix abordables » pour qui ? La ministre ignore la précarité des chauffeurs VTC

Lors de cette visite chez Uber, Aurore Bergé a tenu à « remercier Uber de proposer des prix abordables » aux utilisateurs. Cette déclaration, prononcée dans les locaux mêmes de la plateforme américaine, révèle une déconnexion totale avec la réalité du terrain.

Ces « prix bas » sont-ils abordables pour les chauffeurs ? Non. Ils sont la cause directe de l’appauvrissement de milliers de travailleurs VTC en France. Chaque course à prix cassé se traduit par :

  • Une rémunération en chute libre pour les chauffeurs
  • Une impossibilité de couvrir les charges : carburant, assurance, entretien
  • Une précarité grandissante qui pousse de nombreux chauffeurs à abandonner
  • Un dumping social organisé par les plateformes

Madame la ministre, quand vous félicitez Uber pour ses « prix abordables », vous applaudissez la paupérisation de toute une profession.

Uber Women : l’aveu d’un échec retentissant dans le contrôle des chauffeurs

La ministre était présente pour promouvoir le programme « Uber by Women », présenté comme une avancée pour la sécurité des femmes. En réalité, cette initiative est l’aveu d’un échec cuisant : celui de l’incapacité d’Uber à maîtriser sa propre flotte de chauffeurs.

Pourquoi Uber a-t-il besoin d’un service « entre femmes » ? Parce que la plateforme a recruté n’importe qui, n’importe comment, sans contrôle rigoureux, parfois dans l’illégalité la plus totale :

  • Des chauffeurs sans carte professionnelle VTC valide
  • Des conducteurs avec des antécédents judiciaires non vérifiés
  • Des véhicules non conformes aux normes de sécurité
  • Des faux indépendants travaillant pour des sociétés écrans
  • Des chauffeurs en situation irrégulière sur le territoire

Le résultat ? Une flotte incontrôlable, des agressions, des comportements déplacés, une insécurité croissante. Uber Women n’est pas une solution, c’est un pansement sur une jambe de bois.

Et les autres plateformes ne valent pas mieux

Ce problème ne concerne pas uniquement Uber. Heetch, Bolt, et toutes les autres plateformes VTC ont adopté le même modèle destructeur :

  • Heetch : recrutement massif sans vérification sérieuse, multiplication des chauffeurs non conformes
  • Bolt : politique de prix encore plus agressive qu’Uber, précarisation maximale des chauffeurs
  • Autres plateformes : course au moins-disant, recrutement dans l’urgence, absence de contrôle

Ces plateformes ont ouvert les vannes sans se préoccuper de la qualité, de la sécurité, ni de la légalité. Aujourd’hui, elles essaient de rattraper leurs erreurs avec des mesures cosmétiques comme Uber Women, mais le mal est fait.

Si les plateformes avaient recruté proprement dès le départ, elles n’auraient pas besoin de créer des services « sécurisés » pour les femmes.

Aurore Bergé chez Uber : un signal politique désastreux

La visite d’Aurore Bergé chez Uber n’est pas anodine. En félicitant publiquement la plateforme pour ses « prix abordables », la ministre envoie un message clair : le gouvernement cautionne le modèle économique d’Uber, quitte à sacrifier les conditions de travail des chauffeurs VTC.

Ce message est d’autant plus choquant qu’il intervient dans un contexte de précarisation massive des chauffeurs VTC. Alors que les syndicats et associations de chauffeurs dénoncent depuis des années les dérives de l’ubérisation, le gouvernement préfère célébrer les plateformes plutôt que de réguler le secteur.

L’ubérisation : une réalité économique ignorée par le gouvernement

Derrière les « prix abordables » qu’Aurore Bergé célèbre, il y a une réalité économique brutale que la ministre semble ignorer :

Un revenu horaire net souvent inférieur au SMIC après déduction des charges

Des journées de travail de 12 à 15 heures pour atteindre un revenu décent

Aucune protection sociale digne de ce nom (chômage, maladie, retraite)

Des frais professionnels écrasants (carburant, assurance, location de véhicule, entretien)

Une commission prélevée par les plateformes allant de 3% à 45% du prix de la course

Voilà ce que signifient vraiment les « prix abordables » qu’Aurore Bergé applaudit : la mise en compétition sauvage de milliers de travailleurs précarisés, obligés de rogner sur leurs revenus pour satisfaire la politique tarifaire agressive des plateformes.

La position de l’Union Indépendant : des revendications légitimes

Face à cette situation, l’Union Indépendant porte des revendications claires et légitimes pour réguler le secteur VTC et protéger les chauffeurs :

Un tarif minimum réglementé par l’État pour garantir un revenu décent aux chauffeurs

Une requalification du statut d’indépendant en salarié pour bénéficier d’une vraie protection sociale

Un encadrement strict des commissions prélevées par les plateformes

Des contrôles réguliers et rigoureux sur le respect des normes de sécurité et de légalité

L’interdiction du recrutement de chauffeurs sans carte professionnelle VTC valide

La fin de l’impunité des plateformes qui organisent sciemment le dumping social

Ces revendications ne sont pas excessives : elles visent simplement à garantir que les chauffeurs VTC puissent vivre décemment de leur travail, dans des conditions respectant le droit du travail et la dignité humaine.

Madame Bergé, quand vous félicitez Uber pour ses « prix abordables », vous crachez au visage de milliers de travailleurs qui s’épuisent pour survivre. Votre visite chez Uber n’est pas un signal de modernité, c’est le symbole d’un gouvernement qui a choisi son camp : celui des multinationales contre les travailleurs. Union Indépendants continuera à se battre pour une régulation juste du secteur VTC, que cela plaise ou non à Aurore Bergé et à Uber.

chelabi vincent

Coordinateur national syndicat VTC Union Indépendants