Secteur VTC 2020-2025 : 5 ans d’évolution entre croissance, charges et précarité

Secteur VTC 2020-2025 : 5 ans d’évolution entre croissance, charges et précarité

Entre 2020 et 2025, le secteur VTC en France a traversé une période de transformation profonde. Croissance du nombre de chauffeurs, hausse des charges, augmentation des coûts de carburant, érosion des revenus : un bilan année par année pour comprendre comment le métier s’est dégradé malgré l’expansion du marché.

2020 : Année de rupture avec la pandémie

L’année 2020 marque un tournant brutal pour le secteur VTC avec la pandémie de COVID-19. Les confinements successifs et les restrictions de déplacement ont provoqué une chute drastique de l’activité.

Chiffre d’affaires moyen : 2 500 à 4 000 €/mois (en forte baisse)
Nombre de chauffeurs actifs : Environ 40 000 (avant pandémie)
Revenu net moyen : 1 200 à 2 000 €/mois
Coût carburant : ~1,30-1,50 €/litre (essence)
Charges sociales : 22% du CA (micro-entreprise)

La pandémie a forcé de nombreux chauffeurs à arrêter temporairement leur activité ou à se reconvertir. Les aides gouvernementales ont permis à certains de survivre, mais le secteur a connu une hémorragie de chauffeurs.

2021 : Redémarrage progressif et premiers signes de saturation

Enter Enter2021 est l’année de la reprise post-COVID. Le secteur VTC connaît un rebond d’activité, mais les premiers signes de saturation du marché apparaissent déjà.

Chiffre d’affaires moyen : 3 500 à 5 500 €/mois
Nombre de chauffeurs actifs : ~47 000 (+41% vs avant 2021)
Revenu net moyen : 1 800 à 2 800 €/mois
Coût carburant : ~1,45-1,65 €/litre (essence)
Charges sociales : 22% du CA

Le nombre de chauffeurs augmente rapidement avec l’arrivée massive de nouveaux entrants. La concurrence s’intensifie et les premiers ajustements de tarifs à la baisse commencent à apparaître sur les plateformes.

2022 : Explosion du nombre de chauffeurs, intensification de la concurrence

2022 voit le nombre de chauffeurs exploser, avec une croissance de 51% par rapport à 2021. Cette arrivée massive de nouveaux acteurs dilue les revenus individuels.

Chiffre d’affaires moyen : 3 200 à 5 000 €/mois
Nombre de chauffeurs actifs : ~56 000 (+18% vs 2021)
Revenu net moyen : 1 600 à 2 500 €/mois
Coût carburant : ~1,70-2,10 €/litre (forte hausse)
Charges sociales : 22% du CA
Coût véhicule : Augmentation des prix (+15-20%)

La guerre en Ukraine provoque une flambée des prix du carburant. Les chauffeurs subissent de plein fouet cette augmentation sans compensation tarifaire proportionnelle des plateformes.

2023 : Marché à 1,3 milliard d’euros mais revenus chauffeurs en baisse

En 2023, le marché VTC atteint 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires global, mais paradoxalement, les revenus individuels des chauffeurs continuent de baisser.

Chiffre d’affaires moyen : 3 000 à 5 000 €/mois
Nombre de chauffeurs actifs : ~56 000 (stable)
Revenu net moyen : 1 500 à 2 500 €/mois
Coût carburant : ~1,60-1,85 €/litre
Charges sociales : 22% du CA
CA horaire moyen : ~15 €/h

Le secteur se stabilise en nombre de chauffeurs mais les conditions se dégradent. Les plateformes captent une part croissante de la valeur créée, tandis que les chauffeurs travaillent plus pour gagner moins.

2024 : Nouvelle explosion du nombre de chauffeurs (+27%)

2024 marque une nouvelle accélération avec 71 300 chauffeurs actifs, soit une hausse de 27% en un an. Le marché atteint 2 milliards d’euros (+60% depuis 2019).

Chiffre d’affaires moyen : 3 000 à 7 000 €/mois (très variable)
Nombre de chauffeurs actifs : ~71 300 (+27% vs 2023)
Revenu net moyen : 1 500 à 3 500 €/mois
Coût carburant : ~1,70-1,90 €/litre
Charges sociales : 22% du CA
CA horaire moyen : ~38 €/h (brut, avant charges)
Revenu minimum garanti : 30 €/h (accord ARPE mai 2024)

L’accord ARPE impose un revenu minimum de 30 €/h, mais ce chiffre est brut et inclut bonus et incitations. Après déduction des charges (carburant, véhicule, assurances, cotisations), le revenu net reste précaire pour de nombreux chauffeurs.

2025 : Vers 110 000 chauffeurs et une précarité structurelle

Les projections pour 2025 estiment plus de 110 000 chauffeurs actifs. Le marché continue de croître en valeur, mais les conditions de travail se dégradent.

Chiffre d’affaires moyen estimé : 3 000 à 6 000 €/mois
Nombre de chauffeurs projeté : ~110 000
Revenu net moyen : 1 500 à 3 500 €/mois
Coût carburant : ~1,80-2,00 €/litre
Charges sociales : 22% du CA
Tarif minimum : 9 €/course, 30 €/h, 1 €/km

La saturation du marché s’intensifie. Les nouveaux entrants diluent encore plus les revenus. La concurrence entre chauffeurs pousse à accepter des courses moins rentables. Le métier devient de moins en moins viable économiquement.

Bilan comparatif 2020-2025 : ce qui a changé

Le paradoxe du secteur VTC : un marché qui explose (+78% de chauffeurs, chiffre d’affaires global multiplié par 1,5), mais des revenus individuels qui stagnent ou baissent.

Nombre de chauffeurs : 40 000 → 110 000 (+175%)
CA global : ~1,2 Md€ → ~2 Md€ (+67%)
Revenu net moyen : 1 500-2 500 €/mois (quasi stable)
Coût carburant : +38% en moyenne
Coût véhicule : +20-25%
Charges sociales : Stables à 22%

La croissance du marché profite essentiellement aux plateformes, qui captent une commission sur chaque course. Les chauffeurs, eux, subissent la dilution des revenus due à la surcapacité, l’augmentation des charges et la pression à la baisse sur les tarifs.

Conclusion : un modèle économique à bout de souffle

Cinq ans après le choc COVID, le secteur VTC français se trouve dans une impasse structurelle. Le nombre de chauffeurs a triplé, le marché s’est considérablement développé, mais les conditions de travail se sont dégradées.

Les revenus nets stagnent malgré l’augmentation du temps de travail. Les charges explosent (carburant, véhicule, assurances). La concurrence entre chauffeurs s’intensifie, créant une spirale vers le bas.

Les mesures réglementaires (tarif minimum, revenu garanti) tentent de corriger les excès, mais elles ne s’attaquent pas à la cause profonde : la surcapacité du marché et le modèle économique des plateformes qui pousse à toujours plus de chauffeurs pour moins de revenus individuels.

Le secteur VTC de 2025 ressemble de plus en plus à un secteur précarisé, où seuls ceux qui travaillent 60-70 heures par semaine ou qui ont des stratégies d’optimisation poussées parviennent à tirer leur épingle du jeu. Pour les autres, le métier devient un piège économique dont il est difficile de sortir.

chelabi vincent

Coordinateur national syndicat VTC Union Indépendants