Portage Salarial VTC : La Nouvelle Arnaque qui Affaiblit les Chauffeurs et les Syndicats
Derrière les promesses d’autonomie et de flexibilité, le portage salarial pour les chauffeurs VTC se révèle être un piège économique qui affaiblit les travailleurs et dilue leur pouvoir syndical. Cette nouvelle forme de rattachement administratif, souvent présentée comme une solution miracle, cache en réalité une arnaque sophistiquée qui s’inscrit dans la continuité du « Rattachement 2.0 » dénoncé en 2024.
Le Portage Salarial VTC : Le « Rattachement 2.0 » ?
Déjà en 2024, le secteur VTC avait été secoué par les révélations sur le « Rattachement 2.0 », un système permettant aux plateformes d’échapper à leurs responsabilités d’employeur. Le portage salarial VTC s’inscrit dans la même logique.
Contrôle total sans responsabilité : Les plateformes conservent leur pouvoir de sanctions et de désactivation.
Aucun changement structurel : Le chauffeur reste seul face aux risques économiques.
Externalisation maximale : Les sociétés de portage encaissent des commissions sans valeur ajoutée.
Des Partenariats Suspects entre Plateformes et Sociétés de Portage
Les plateformes VTC ont rapidement compris l’intérêt du portage salarial pour contourner les obligations du salariat. Plusieurs grandes plateformes dirigent activement leurs chauffeurs vers des sociétés de portage partenaires, présentant ce statut comme une « solution simple » ou une « alternative moderne ». Ces partenariats soulevés par plusieurs syndicats sont souvent opaques : les commissions versées à la plateforme et à la société de portage ne sont jamais clairement détaillées, et les chauffeurs signent des contrats complexes sans en comprendre réellement les implications financières.
Les Chiffres qui Font Mal : Le Coût Réel du Portage
Le portage salarial VTC présente une structure de coûts qui dépasse largement ce que paieraient des salariés classiques :
Frais de gestion : entre 5% et 10% du chiffre d’affaires brut, prélevés par la société de portage.
Charges sociales et patronales : environ 25% à 30% du CA restant.
Commission de plateforme : 15% à 25% selon les plateformes.
Résultat : Le chauffeur perd entre 36% et 44% de son chiffre d’affaires avant même de compter ses charges de véhicule, essence, et entretien.
Pour un chauffeur réalisant 4 000 € de CA mensuel, cela représente une perte nette de 1 440 € à 1 760 € par mois comparé à un statut de salarié classique. Sur une année, c’est entre 17 000 € et 21 000 € qui partent en frais injustifiés.
Une Fraude Documentée : L’Enquête de Janvier 2025 à Paris
En janvier 2025, une enquête menée par l’Inspection du Travail à Paris a révélé que près de 40% des chauffeurs VTC portés salariales étaient en réalité dans une situation de dépendance économique totale vis-à-vis de leur plateforme, comparable à celle d’un salarié. Pourtant, ils ne bénéficiaient d’aucune des protections du salariat : pas de congés payés, pas de droit au chômage en cas d’arrêt d’activité, et aucune prise en charge des accidents du travail.
Les conclusions de ce rapport sont accablantes : le portage salarial VTC est utilisé comme un outil de fraude au droit du travail, permettant aux plateformes de maintenir un contrôle total sur les chauffeurs tout en évitant leurs responsabilités d’employeur. Plusieurs sociétés de portage ont été mises en cause pour complicité dans ce système.
Comment le Portage Affaiblit les Chauffeurs et les Syndicats
L’affaiblissement économique des chauffeurs : Avec des revenus réduits de 36% à 44%, les chauffeurs en portage salarial ont moins de ressources pour participer à des actions collectives, payer des cotisations syndicales, ou même arrêter de travailler quelques jours pour faire grève. Leur précarité financière les rend dépendants et vulnérables.
L’isolement syndical : Contrairement aux salariés classiques qui partagent un employeur commun, les chauffeurs en portage salarial sont dispersés entre plusieurs sociétés de portage. Cette fragmentation empêche la formation d’un collectif fort et rend très difficile l’organisation syndicale.
Le contournement des obligations patronales : En utilisant le portage salarial, les plateformes évitent d’être reconnues comme employeurs. Cela signifie qu’elles échappent à toute négociation collective, toute représentation syndicale obligatoire, et tout contrôle de l’inspection du travail.
Les Coopératives comme Jump et Stairling : Des Chevaux de Troie ?
Certaines plateformes et sociétés de portage tentent de se présenter comme des « coopératives » ou des « alternatives solidaires » au modèle traditionnel. Jump et Stairling, par exemple, se positionnent comme des acteurs éthiques. Pourtant, leur modèle repose lui aussi sur le portage salarial, avec des frais qui grugent une part significative des revenus des chauffeurs. La rhétorique coopérative sert surtout à masquer une réalité économique tout aussi précaire que celle des grandes plateformes.
Ces structures profitent du flou juridique autour du portage salarial pour éviter les responsabilités patronales tout en se parant d’une image positive. Pour les syndicats, ces pseudo-coopératives représentent un risque supplémentaire : elles brouillent les lignes et rendent plus difficile la défense des droits des travailleurs.
Recommandations
Pour les chauffeurs : Méfiez-vous du portage salarial présenté comme une solution miracle. Demandez toujours un détail complet et transparent des frais, et comparez avec un statut d’auto-entrepreneur ou de salarié classique avant de signer quoi que ce soit. Si possible, rapprochez-vous d’un syndicat pour obtenir conseil.
Pour les syndicats : Il est urgent de documenter systématiquement les cas de portage salarial abusif et de porter plainte auprès des autorités compétentes. L’organisation collective doit s’adapter pour intégrer ces travailleurs fragmentés et isolés.
Pour les législateurs : Le portage salarial VTC doit être strictement encadré par la loi. Les plateformes qui orientent leurs chauffeurs vers des sociétés de portage doivent être reconnues comme co-employeurs et assumées responsables des conditions de travail.
Conclusion
Le portage salarial VTC n’est pas une évolution moderne du travail, mais une arnaque sophistiquée qui affaiblit économiquement les chauffeurs, dilue leur pouvoir syndical, et permet aux plateformes de contourner leurs responsabilités d’employeur. Les chiffres sont accablants : une perte de 36% à 44% du chiffre d’affaires, l’absence totale de protections sociales, et une fragmentation qui rend impossible toute organisation collective.
Face à cette dérive, il est temps que les chauffeurs, les syndicats, et les pouvoirs publics réagissent. La lutte contre l’ubérisation ne peut pas se limiter à dénoncer les statuts d’auto-entrepreneurs. Il faut également démasquer le portage salarial pour ce qu’il est vraiment : un outil de précarisation massive, présenté sous des atours trompeurs de modernité et de protection sociale.